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Un lait de vache sans vache – Le lait synthétique arrive

Lait de vache naturel
Le lait de vache naturel … encore un modèle agricole soutenable de nos jours ?

Du lait de vache vegan, avec exactement les mêmes protéines et avec le schéma complet en acides aminés, tout comme le lait de vache – mais le tout sans la vache ! Qu’est-ce que vous penseriez du lait synthétique ?

Ici, il ne s’agit aucunement d’un substitut à base végétale, comme on le connaît déjà depuis quelques années. Dans pratiquement chaque supermarché, on peut trouver des « laits » ou boissons à base de soja, d’avoine, d’amandes, de noisettes ou encore de riz. On les aime ou on les déteste, c’est une question de goût. Par contre, et ceci est un fait : les laits de substitut ne présentent pas le même schéma en acides aminés que le lait de vache naturel.

Dans cet article, on parle d’un lait synthétique, produit dans des laboratoires agroalimentaires, en se servant d’un processus de « fermentation de précision » à l’aide d’une levure – et avec un résultat assez étonnant.

Cela voudrait dire qu’on pourra en produire du beurre, des fromages, des yaourts, du fromage blanc, de la crème etc., de façon végane, avec la même texture et la même sensation gustative que le « vrai » lait animal. 

Et le tout avec un impact écologique fortement diminué et la souffrance animale en moins !

Découvrez de plus près cette nouvelle approche qui pourrait tout changer pour les amateurs des produits laitiers, mais qui ne soutiennent pas sa production !


Des défis agroalimentaires énormes dans un futur très proche

L’agriculture actuelle incompatible avec la vision holistique : respect de chaque être vivant et de la nature

L’industrie alimentaire évolue, parfois dans une vitesse hallucinante. Très souvent, on observe ces évolutions d’un œil plutôt dubitatif, en tout cas d’un point de vue naturopathique ou holistique. Tout est au plus mal possible : la nature, l’environnement, la planète, les animaux et – à la fin – l’homme lui-même.

Mais il faut se rappeler qu’une vision holistique n’est pas seulement notre propre santé. L’écologie et la protection de notre environnement et de la nature sont aussi importantes. La souffrance animale doit être éliminée, surtout quand il s’agit de la production de notre nourriture. Pour moi personnellement, c’est inacceptable de faire souffrir des êtres vivants pour mon propre bien-être et pour mes papilles gustatives, même si cette vision idéaliste est très difficile à tenir et me vaut beaucoup de remords. 

Pour cette raison, chaque solution qui pourrait éventuellement soulager ou même éliminer les problèmes créés par les humains mérite au moins d’être examinée – même au prix que nous nous éloignons (à nouveau) un pas de plus du naturel.

L’alimentation vivante et naturelle – de plus en plus un luxe pour une grande partie de la population ?

Alimentation crue
L’alimentation saine et vivante est presque devenu un luxe pour beaucoup de monde, malheureusement.

L’agroalimentaire moderne s’éloigne de plus en plus de la nature pour substituer nos aliments par du synthétique, de l’industriel, du « fake », sans aucune valeur nutritionnelle.

De plus en plus, c’est la quantité qui compte, et nettement moins la qualité. Certes, on peut trouver des aliments de très bonne qualité, mais ils sont très souvent trop chers et donc inaccessibles pour la majorité des consommateurs.

Mais regardons maintenant l’autre côté de cette médaille.

Même si on est un(e) fervent(e) défenseur(-se) de l’alimentation naturelle ou même vivante – comme c’est mon cas personnel – il serait irresponsable d’ignorer les problèmes que notre société doit actuellement affronter et qui sont à résoudre dans les années à venir.

L’alimentation naturelle et vivante est malheureusement presque devenue un luxe, en tout cas, si on habite en ville. Sans jardin et potager, sans accès à des produits locaux payables (il faut quand même constater que se nourrir localement ne rime pas toujours avec « bon marché »), la plupart des gens sont contraints de faire leurs achats en supermarché.

Les marchés sont, certes, un peu mieux d’un point de vue qualitatif, mais très souvent, on y trouve des légumes et fruits importés qui ne rentrent non plus dans le cadre d’aliments vivants. Il faut donc bien vérifier la provenance du produit acheté. Une bonne solution peut être l’achat direct à la ferme ou la cueillette à la ferme, mais ici aussi, l’accès est réservé à des personnes qui peuvent se déplacer en campagne, alors de loin pas tout le monde.

Une population mondiale croissante dans un climat qui se réchauffe à vue d’œil

Foule
La population croissante rend l’alimentation naturelle de plus en plus difficile et chère.

Le défi agroalimentaire, c’est d’un côté la capacité des États et des entreprises du secteur agroalimentaire à produire les ressources nutritives nécessaires pour alimenter correctement 9 milliards d’individus, nombre probable d’humains prévu pour 2050. Déjà, dans les années 1960, on parlait de cette “bombe démographique” qui se dessinait à l’horizon pas si lointain.

De l’autre côté, des défis écologiques s’y ajoutent et sont énormes. Le secteur agroalimentaire représente le quatrième secteur de l’industrie manufacturière du point de vue des émissions de gaz à effet de serre. Selon une étude de l’Insee, environ un quart des entreprises agroalimentaires de plus de 20 salariés estiment que leur activité a un impact jugé « fort » ou « très fort » sur l’environnement.

L’industrie laitière mondiale sous haute tension

Bien sûr, dans ce cadre, l’industrie laitière mondiale est également soumise à des changements nécessaires, pendant que la pression et l’urgence montent de plus en plus.

Parmi les évolutions (possibles ou nécessaires) figure – entre autres – la concurrence des alternatives alimentaires produites de façon synthétique dans des laboratoires (et non par des animaux) : les protéines animales synthétiques, dont la viande (et ses produits) et le lait.

Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), plus de 80 % de la population mondiale consomme régulièrement des produits laitiers. Il y a donc de plus en plus de voix qui réclament un changement radical du système alimentaire concernant les aliments d’origine animale vers des formes de production alimentaire plus durables et écologiquement responsables.

Solution urgemment recherchée et – souhaitée !

Sécheresse
Les sécheresses fréquentes et prolongées mettent en danger les élevages des herbivores qui produisent notre lait.

Les chercheurs se sont penchés sur les tendances à venir du secteur laitier mondial.

Les laits végétaux et, probablement assez bientôt, les laits synthétiques, se présentent comme un dérèglement majeur du marché laitier, et, en même temps, ils peuvent être une chance énorme pour la production laitière écologique et éthique.

Dans un contexte actuel, qui sont le changement climatique (et notamment l’apport de méthane des vaches laitières), le manque de nourriture et de l’eau pour les grands herbivores provoquée par des sécheresses de plus en plus longues, la quantité d’humains à nourrir, et, à ne pas oublier, la souffrance animale, ce changement de la production laitière est aussi urgent que globalement souhaité.

Contrairement à la viande synthétique – qui peut avoir du mal à correspondre aux attentes élevées du consommateur et à imiter exactement la texture et le goût de la viande animale – le lait synthétique semble avoir le même goût, la même apparence et la même sensation gustative que le lait animal normal.

Le lait synthétique – Pas de la fiction, mais déjà réalité en plusieurs pays !

Le lait synthétique n’est pas un fantasme de science-fiction dans un futur lointain ; il existe déjà. Aux États-Unis (la start-up Perfect Day) et en Australie (Change Foods), par exemple, les premières sociétés fournissent déjà des protéines d’origine animale issues d’une fermentation de précision. 

Les Israéliens de Remilk ont lancé la commercialisation début 2021. En Allemagne, c’est l’entreprise Legendairy Foods qui s’est lancée dans la course de cette technologie agroalimentaire.

Qu’est-ce que le lait synthétique ?

La production du lait synthétique ne nécessite pas de vaches, chèvres, brebis ou d’autres animaux vivants. Il peut avoir la même composition biochimique que le lait animal, mais avec un chemin de production tout différent. Les laits synthétiques offrent tous les avantages du lait animal, mais sans ses problèmes, tels que les émissions de méthane ou le bien-être animal très souvent déplorable. 

Ce lait artificiel est cultivé à l’aide d’une technique biotechnologique émergente connue sous le nom de « fermentation de précision » qui produit de la biomasse cultivée à partir de cellules microbiotiques (et non de vaches ou d’autres animaux).

Mais ce développement se trouve à ses débuts. Il devra surmonter de nombreux défis et obstacles pour devenir une alternative équitable, durable et viable qui pourrait être acceptée par le grand public.

Chaque ruminant est un réacteur à bactéries produisant des protéines dans son ou ses estomac(s)

Tout herbivore qu’elle soit, la vache digère chaque jour 1,5 kg de protéines d’excellente qualité. Le ruminant les élève dans la chaleur et l’humidité de ses estomacs, où elles prolifèrent. 

Ces protéines sans viande sont très digestes, mais ne sont en fait … que des micro-organismes, plus précisément des bactéries ! On peut donc dire que les ruminants sont des réacteurs à bactéries qui produisent des protéines.

La production du lait synthétique imite (grossièrement) le processus de fermentation dans l’estomac des ruminants.

La production de lait synthétique imite le processus de fermentation des vaches

Ce lait synthétique est produit à partir d’une levure dans laquelle on insère de l’ADN de vache. En y ajoutant du sucre, une fermentation de précision est déclenchée. Cette fermentation permet de produire des protéines de lait, un peu à la manière du brassage qui donne naissance à la bière.

Le lait obtenu est sans OGM. Seules les protéines sont récoltées, et non la levure. Ce lait est sans gluten et sans lactose.

Les protéines produites ainsi artificiellement confèrent au lait bon nombre de ses propriétés clés et contribuent à sa texture crémeuse et à sa capacité à mousser. Des minéraux, des sucres, des graisses et des arômes sont ajoutés à la base protéique pour créer le produit final.

Pour plus de précision sur ce processus, je vous invite à consulter la page https://perfectday.com/blog/meet-the-flora/ qui explique le procédé exact.

Du « vrai » fromage vegan en vue – issu de lait synthétique

Plateau de fromage

Ce lait synthétique pourra aboutir à la production de fromage vegan, qui pourrait changer beaucoup pour l’alimentation des vegans. De nos jours, il existe quelques très bons substituts vegans de yaourt ou de crème. Mais pour les fromages, c’est toute une autre chanson. On est encore très loin de régaler les papilles gustatives. 

La production de lait synthétique permettra aussi d’obtenir du parmesan, de la mozzarella, de l’emmental ou encore de camembert pour enrichir l’alimentation végane de façon précieuse. Et le tout, sans maltraiter le moindre animal, et avec un impact minimal sur l’environnement, puisqu’il s’agit d’un lait entièrement conçu en laboratoire.

Des avantages environnementaux incontestables

La production du lait synthétique présente des avantages environnementaux incontestables.

Selon ses créateurs, la production de ce lait synthétique devrait réduire d’environ 98 % la consommation d’eau et de 65 % celle d’énergie par rapport à la production laitière classique.

En même temps, on réduit logiquement le méthane, ce gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2. 

Le lait synthétique ne résout pas tous les problèmes de l’industrie laitière

L’industrie du lait synthétique doit connaître une croissance exponentielle avant de devenir une menace réelle pour le lait d’origine animale. Cela nécessitera beaucoup de capitaux et d’investissements dans la recherche et le développement, ainsi que de nouvelles infrastructures de fabrication, telles que des cuves de fermentation et des bioréacteurs.

La production de lait animal conventionnel dans les pays du Sud dépasse désormais celle des pays du Nord, en grande partie en raison de la croissance rapide de l’appétit pour des produits laitiers en Asie. Alors, pour le moment, l’industrie laitière traditionnelle n’est pas près de disparaître.

De nouveaux problèmes qui vont émerger

Et le lait synthétique n’est pas parfait. Bien que la technologie présente un énorme potentiel positif pour l’environnement et le bien-être des animaux d’élevage, elle s’accompagne en même temps de nombreux défis et d’inconvénients potentiels.

Par exemple, les protéines alternatives ne remettent pas nécessairement (et malheureusement) en cause le regroupement de l’agriculture industrielle conventionnelle qui est bien entamée aujourd’hui, même si ce modèle agricole dominant qui a été mis en place dans les années 1950 en France est largement dépassé de nos jours. Il est fondé sur une agriculture mécanisée, gourmande en produits chimiques et axée sur la monoculture et les grandes superficies. Ses maîtres-mots sont productivisme et rentabilité qui rime avec l’exploitation des petites structures. Le prix à payer de ce modèle agricole, autant écologique qu’humain, est devenu exorbitant et irresponsable.

Cela signifie que les grands producteurs de lait synthétique pourraient éliminer à nouveau les systèmes laitiers à faible technologie ou à petite échelle – et en même temps les produits laitiers alternatifs.

De plus, le lait synthétique pourrait éloigner, voire éliminer de nombreux producteurs du secteur laitier mondial. Si les grandes coopératives laitières traditionnelles se tournent vers le lait synthétique, qu’est-ce qui se passera avec les agriculteurs et producteurs laitiers traditionnels qui ont consacré toute leur vie pour nous fournir cet aliment important ?

 

Alors que le lait synthétique gagnera du terrain dans les années à venir, la société devra trouver des solutions pour éviter de reproduire les erreurs et inégalités existantes dans le système alimentaire actuel.

 

 

 

Sources : https://theconversation.com/not-like-udder-milk-synthetic-dairy-milk-made-without-cows-may-be-coming-to-a-supermarket-near-you-189046 (anglais), sous licence Creative Commons, CC BY-ND). Milena Bojovic, School of Social Sciences at Macquarie University, Sydney (Australie).

 

Sources / Crédits images : Pixabay, CC0 Public Domain

 

 

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The Conversation

 

 

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