Antioxydants naturels

A voir les publicités pour compléments alimentaires ou à déambuler le long des allées de supermarchés, vous pourriez croire que votre nourriture ne nous apporte pas assez de nutriments (ou que vos aliments ne vous nourrissent pas suffisamment). Pourquoi continuer à manger des fruits et des légumes alors que vous pouvez bénéficier d’un bonus grâce à des compléments qui contiennent plein de bonnes choses comme les antioxydants, encapsulés dans une pilule facile à prendre ?

A priori, cela semble une bonne idée. Si les antioxydants qui se trouvent à l’état naturel dans notre nourriture, comme les brocolis et les carottes, sont bons pour nous, un supplément avec les mêmes ingrédients ne peut qu’être bénéfique. Mais cela n’est pas tout à fait juste. Essayons de comprendre le pourquoi !

Les radicaux libres – des ennemis omniprésents à combattre

Les radicaux libres – pourquoi sont-ils si dangereux ? 

Radical libre
Un radical libre est un fragment obtenu par scission d’une molécule et qui possède un électron célibataire, non apparié, ce qui lui confère une grande réactivité chimique. Il s’agit d’une molécule instable, très réactive avec les molécules environnantes. Un radical libre tente de céder ou de gagner un électron et transmet ses propriétés à une autre molécule, d’où des réactions en chaîne.

On proclame à loisir que les antioxydants sont des protecteurs de nos cellules parce qu’ils éliminent les radicaux libres qui endommagent les molécules des cellules et des tissus.

Les radicaux libres qui sont des composés néfastes possèdent une réactivité chimique très forte et rendent les molécules instables. Ils sont capables d’oxyder les protéines, l’ADN et les membranes des cellules. C’est une des théories actuelles du vieillissement (sénescence).

Ils peuvent alors s’attaquer aux composés vitaux des cellules et à l’ADN en perturbant sa réplication, entraînant des mutations et des cancers. Ils peuvent aussi s’attaquer aux membranes cellulaires (peroxydation lipidique) et aux protéines.

Au niveau cellulaire, les conséquences sont la mort cellulaire par apoptose ou nécrose. Au niveau tissulaire, l’action des radicaux libres peuvent même anéantir complètement un organe du corps et mener par exemple à

  • un durcissement des artère s et à des problèmes cardiovasculaires ;
  • la détérioration du collagène et donc à la rigidité des tissus ;
  • le vieillissement cellulaire prématuré et par conséquence à un vieillissement tissulaire. 

Un antioxydant devrait stopper ce processus de dégradation et nous maintenir en bonne santé !

Les facteurs qui créent des radicaux libres sont innombrables et font partie de la nature

Stress oxydatif
Quasiment tout ce que nous consommons et que nous faisons tout généralement dans la vie peut causer du stress oxydatif.

Pour débuter, il faut noter que c’est absolument impossible d’éviter les radicaux libres : ils font, hélas, partie de notre vie. Ils sont à la base de la vie et de la mort, ils sont à la source de notre vieillissement. Sans les radicaux libres, nos cellules ne vieillirions pas ou très lentement, nous vivrons pendant des centaines d’années ou plus !

De manière générale, on peut dire que chaque surcharge quelconque génère du stress oxydatif pour l’organisme. Le stress oxydatif est synonyme d’une oxydation cellulaire.

Chaque élément exogène génère par son métabolisme un radical libre endogène. Même si nous ne pouvons pas éviter complètement la création de radicaux libres (puisque notre métabolisme travaille en permanence), on a quand-même une influence directe sur la quantité des radicaux libres présents dans le corps, par nos habitudes de vie, même si des maladies chroniques peuvent empirer la situation considérablement.

Si l’agression est trop forte ou se combine avec d’autres, cette situation entraîne ainsi une augmentation de la production de radicaux libres et du stress oxydatif.

Les facteurs ou causes qui accélèrent l’oxydation cellulaire par les radicaux libres sont multiples. On peut citer l’alimentation industrielle et déséquilibrée, dépourvue de vitalité, le manque d’alimentation vivante, le manque d’antioxydants naturels, la surcharge en acides, les pollutions (eau, air), le tabac et l’alcool, les drogues, les médicaments, les compléments alimentaires et vitamines/minéraux synthétiques, le sommeil insuffisant, les rayons UV, l’exercice physique trop intense ou encore le stress quotidien. Les maladies peuvent également créer des radicaux libres, surtout, si elles sont chroniques et donc à long terme.

Les recherches sur les antioxydants isolés pour préserver nos cellules

Les scientifiques partent à la recherche pour isoler le principe actif des antioxydants

Partant de l’idée de base que les antioxydants pourraient représenter le graal contre les radicaux libres et le vieillissement qui va avec,  un groupe de scientifiques a proposé en 1981 de créer un complément alimentaire combattant les radicaux libres.

Les chercheurs se sont appuyés sur de nombreuses études épidémiologiques selon lesquelles les personnes mangeant beaucoup de légumes sont moins à risque de subir un cancer du côlon, des maladies cardiovasculaires ou d’autres affections graves. Il fallait donc en identifier le principe « actif » et l’encapsuler.

Les chercheurs conclurent qu’il pouvait s’agir du bêta-carotène, qui donne aux carottes leur couleur orange, parce que c’est un antioxydant.

Mais bien sûr, c’est loin d’être si simple !

L’interaction constante entre ce que les chimistes appellent les « accepteurs d’électrons » (les radicaux, ou agents oxydants) et les « donneurs » (les antioxydants) constitue un ensemble biochimique subtilement équilibré et d’une grande complexité qui se situe au cœur même du processus de survie et de développement des cellules.

Quand il y a soit trop de récepteurs, soit trop de donneurs, le système se dérègle et des dégâts peuvent s’ensuivre. Ce qui veut dire que toujours plus d’antioxydants n’est pas forcement une bonne chose.

À la fin des années 1980, deux essais cliniques ont débuté, l’un à Seattle aux États-Unis, l’autre en Finlande. Ce type d’étude d’observation coûte extrêmement cher à réaliser correctement et ces deux-là n’ont pas dérogé à la règle.

Dans le cas de Seattle, lors d’une étude « randomisée » menée en 1988, environ 18 000 hommes et femmes ont reçu, les uns un comprimé de bêta-carotène, les autres un comprimé dépourvu de tout ingrédient actif, le fameux placebo. Le plan consistait à suivre ces hommes et ces femmes pendant dix ans. Les chercheurs avaient formulé l’hypothèse qu’ils auraient à observer moins de cancers du poumon dans le groupe sous bêta-carotène, beaucoup moins espéraient-ils. Mais le contraire arriva et l’étude dû s’interrompre prématurément, le groupe sous bêta-carotène ayant développé plus de cancers du poumon que le groupe sous placebo. Et le même phénomène se produisit en Finlande.

Facteur important : dans les deux essais, le dosage en bêta-carotène était beaucoup plus fort que ce que produit naturellement le corps humain lorsque l’on mange des aliments riches en ce nutriment. Les chercheurs supposaient que si une petite quantité s’avérait bénéfique, une plus grande devrait produire un effet encore meilleur.

Ils avaient tout faux.

La nocivité des compléments antioxydants

La vérité s’est imposée au fur et à mesure : en ce qui concerne les antioxydants, le plus n’est nécessairement le mieux.

En 2007, une analyse de 68 essais cliniques portant sur la supplémentation en antioxydants a révélé, pour les groupes ayant absorbé ces molécules, un chiffre statistiquement significatif de hausse de 5 % de risques de décès par rapport à ceux sous placebo.

Quand on parle en nombre de décès, une augmentation de 5 % est énorme. Ces conclusions ont provoqué un choc et déstabilisé les chercheurs. Le premier commandement en médecine est « d’abord, ne pas nuire » – or ces essais ont justement fait du mal.

Les résultats ont démontré qu’un comprimé d’antioxydants, enrichi en bêta-carotène, vitamines A et E, accroissait de façon significative le risque de décès. Car en plus d’être des vitamines, A et E sont aussi des antioxydants. La vitamine C et des suppléments en sélénium n’ont, quant à eux, pas entraîné d’effet sur le risque de décès, ni en bien ni en mal.

Pour des personnes en bonne santé, donc, prendre des suppléments antioxydants n’a pas l’air de faire du bien, au contraire.

Cependant, il peut y avoir une exception à la règle : que se passe-t-il lorsqu’on prend une faible dose ?

Sont-ils tous à éviter ?

Une indication nous est fournie par une récente étude sur des multivitamines, partie d’une vaste recherche clinique menée à Harvard sur une population de médecins, sous l’appellation « Étude de santé des médecins II ».

Cette étude a commencé en 1997 avec presque 15.000 médecins hommes qui ont pris au hasard un comprimé sur quatre proposés. L’un était un placebo, les autres contenaient ou de la vitamine E, ou bien de la vitamine C ou encore une multivitamine avec des antioxydants, en l’occurrence une faible dose de vitamine E.

Comme les chercheurs voulaient tester un produit accessible au grand public, ils ont choisi d’utiliser « Centrum Silver », une marque de multivitamines fabriquée par le laboratoire Pfizer. À part le fait de fournir Centrum Silver, Pfizer n’a joué évidemment aucun rôle dans cette étude.

En 2011, on a diagnostiqué un cancer chez environ 2 700 personnes sur les 15 000 participants à l’étude. Les capsules de vitamine E et C n’ont pas induit de risque de cancer mais dans le groupe ayant pris des multivitamines, on a constaté une baisse de 8 % de ce risque.

Les multivitamines ne contiennent pas de fer, ce qui est une bonne chose. Elles sont aussi beaucoup plus pauvres en nutriments que ce qu’on trouve dans les suppléments. Par exemple, Centrum Silver renferme beaucoup moins de vitamine E qu’un supplément typique de vitamine E (45 unités de mesure internationales (IU) comparées à 400 IU).

Tout cela souligne un problème sérieux rencontré lors de toutes les tentatives pour inclure de bons nutriments dans un comprimé : la dose est à chaque fois considérablement plus élevée que celle contenue dans l’alimentation normale.

Par exemple, le germe de blé est fortement concentré en vitamine E, mais les comprimés utilisés lors des essais cliniques sur la vitamine E en contiennent dix fois plus. L’adage de la médecine occidentale selon lequel « si une petite quantité fait du bien, une plus grande c’est encore mieux » est presque toujours inexact. Par exemple, l’eau est une bonne chose, pas vrai ? Mais à boire trop d’eau dans un court laps de temps, vous tomberez raide mort.

La conclusion des méta-analyses sur 30 ans

En 30 ans, plus de 4000 études ont été faits et publiées sur la supplémentation en antioxydants isolés. Certaines ont été réalisées sur de simples cellules, d’autres sur des animaux de laboratoire ou sur des populations humaines.

Pour y voir plus clair, des chercheurs indépendants ont rassemblé ces résultats dans de vastes «méta-analyses» (les antioxydants étudiés étaient le bêtacarotène, les vitamines A, C, E et le sélénium). Dans leurs conclusions, publiées en 2012 dans la revue Cochrane , ils indiquent ne pas avoir trouvé de preuves de l’utilité de la supplémentation en antioxydants en prévention primaire (chez des personnes en bonne santé) et secondaire (personnes malades). Pire, et cela semble se confirmer, « le bêtacarotène et la vitamine E semblent augmenter la mortalité, de même que de fortes doses de vitamine A », écrivent-ils. « Les compléments alimentaires à base d’antioxydants doivent être considérés comme des médicaments et ils devraient faire l’objet d’une évaluation avant d’être mis sur le marché. »

Par la suite, d’autres méta-analyses et revues de littérature ont abouti aux mêmes conclusions. L’une d’elles, publiée en 2014 dans la revue Clinical nutrition and metabolic care affirme que « les compléments alimentaires riches en antioxydants n’ont pas d’effet préventif et peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, en particulier chez les populations bien nourries. »

Notre alimentation est la meilleure source possible en antioxydants, et non les compléments alimentaires. 

Leurs conclusion : on fait croire aux gens que ces pilules contentant des antioxydants et vitamines isolés amélioreront leur santé, alors que les seuls vrais moyens de rester en forme quand on n’a pas de pathologies préexistantes sont d’appliquer des mesures hygiénico-diététiques connus, mais nettement moins pratiques et agréables. Il faudrait donc : ne pas fumer, modérer drastiquement la consommation d’alcool, manger beaucoup de fruits, légumes, graines et noix, poisson et légumes secs frais et pleine de vitalité, faire de l’activité physique de façon modérer en plein air, diminuer le stress avoir un bon sommeil équilibré et suffisant. Une fois ces conseils mis en œuvre, le corps s’occupe du reste.

Des milliers de substances végétales … impossible de les prendre en pilules !

Panier de légumes frais
Ce panier de légume contient des milliers de substances végétales qui coopèrent et qui ne sont pas à isoler chimiquement.

Il n’est pas possible de quantifier avec précision le nombre d’antioxydants, car les scientifiques découvrent constamment de nouvelles substances à effet potentiel dans ce domaine.

En gros, ils peuvent être divisés en deux groupes : il y a des antioxydants fabriqué dans notre organisme, comme, par exemple, des enzymes ou des hormones, et les antioxydants que nous prenons avec notre alimentation ou avec le soleil dans le cas de la vitamine D.

Les substances végétales secondaires en font souvent partie et sont comptées comme antioxydant, mais la situation de l’étude n’est pas encore claire et n’a pas été tranchée. Mais vu leur effet absolument bénéfique sur notre organisme, je me permet de les compter dans ce blog comme antioxydant protecteur pour nos cellules.

En comptant également ces substances végétales, à ce jour, plus de 100 000 substances végétales secondaires sont connues, dont 5 à 10 000 dans notre alimentation.

Ils sont divisés en groupes en fonction de leur structure chimique et de leurs propriétés fonctionnelles, entre autres les polyphénols, les flavonoïdes (tels que les anthocyanes, flavanoles, quercétine, resveratrol) ainsi que les caroténoïdes (comme la bêta-carotène, la lycopène et la lutéine, ainsi que l’astaxanthine et la zéaxanthine), et les phyto-oestrogènes. Mais il en existent bien d’autres !

Considérant cette quantité énorme de substances existants et prenant en compte que chaque légume ou chaque fruit en contient des dizaines, voire des centaines, on s’aperçoit rapidement de l’absurdité de vouloir toutes les prendre de façon isolée et synthétique, en pilule ou comprimé. On devrait avaler des centaines de pilules par jour, sans être sûr du bon dosage et de l’efficacité de ces substances reconstruites d’une façon industrielle et synthétique !

Mangez tout simplement vos légumes

Les légumes et fruits qu’on associe à un moindre risque de maladies contiennent beaucoup de nutriments qui s’ajoutent donc aux antioxydants. Chaque légume, chaque fruit et chaque autre aliment vivant et naturel, biogénique ou bioactif, contient des centaines, peut-être des milliers des composants biochimiques non-imitables en industrie.

La combinaison de tous ces éléments au sein d’un produit naturel pourrait bien être la clef de leur efficacité. Par conséquent, elle ne peut pas se réduire à un seul ingrédient actif qu’on mettrait dans un comprimé.

Si vraiment, vous préférer de prendre des comprimés d’antioxydants, prenez-les faiblement dosés en multivitamines, et sans apport de fer.

The Conversation

 

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Sources :

Credits images et vidéos :

  • Radical libre : Wikimedia Commons, by Healthvalue, CC BY-SA 3.0
  • Stress oxydatif : NHA
  • Autres : Pixabay, Creative Commons

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