
Contrôler vos propres rêves et vivre ce que vous ne pouvez pas réaliser dans la vraie vie – une idée vraiment tentante ! Certaines personnes – les rêveurs lucides – peuvent le faire. Les rêves lucides sont des expériences d’état métacognitif dans lequel on prend conscience de son existence à l’intérieur d’un rêve. La métacognition et les rêves lucides sont donc intimement liées.
Des chercheurs des instituts Max Planck du Développement Humain (Max Planck Institut) à Berlin et de la Psychiatrie à Munich ont maintenant découvert que chez les rêveurs lucides, la zone du cerveau activée pendant le rêve lucide – le lobe frontal – est plus développée que chez les autres personnes.
Les différences de taille du lobe frontal entre les rêveurs lucides et les rêveurs non lucides suggèrent en même temps que le rêve lucide et la métacognition qui est la capacité d’autoréflexion sont en effet liés.
Notre conscience du Moi est toujours présente lorsque nous sommes éveillés. Par contre, nous ne faisons pas consciemment l’expérience de cet état lorsque nous dormons. Cependant, chez les personnes qui pratiquent les rêves lucides (de façon voulue ou hasardeuse), c’est différent. Elles peuvent prendre conscience qu’elles rêvent pendant qu’elles dorment.
Que sont les rêves lucides ?
Le rêve lucide est une expérience d’état métacognitif dans lequel on prend conscience de son existence à l’intérieur d’un rêve. C’est tout un savoir-faire pour diriger ses rêves. On peut ainsi en prendre les rênes et contrôler tous ses aspects de son rêve.
L’utilisation de l’adjectif « lucide » en tant que synonyme de « conscient » a été introduite en 1867 par l’écrivain, sinologue et onirologue (scientifique étudiant les rêves) français Léon d’Hervey de Saint-Denys dans son ouvrage « Les Rêves et les moyens de les diriger ».
La faculté de reconnaître l’état de rêve durant son sommeil est mentionnée dans les textes bouddhistes au 8e siècle apr. J.-C. En Occident, le rêve lucide a été étudié en laboratoire du sommeil dès la fin des années 1970.
Les rêves lucides se produisent pendant le sommeil paradoxal (REM)
La plupart des rêves lucides ont lieu durant la phase de sommeil paradoxal, une phase qui est également connue comme le sommeil REM (Rapid Eye Movement). Le REM suit au sommeil lent et constitue le cinquième et dernier stade d’un cycle du sommeil.
Une nuit à sommeil normal, sain et équilibré comprend de trois à six cycles successifs d’une durée chacun de 90 à 120 minutes. Chez une personne normale, la durée du sommeil paradoxal occupe environ 25 % de la durée d’une nuit, et s’accroît à chaque cycle jusqu’au réveil. Il s’agit en même temps de la phase du sommeil au cours de laquelle les rêves (tous confondus) dont on se souvient se produisent.
Caractéristiques du sommeil paradoxal
Le sommeil paradoxal se caractérise par des mouvements oculaires rapides, d’où le nom anglais Rapid Eye Movement. Il se distingue également par une respiration irrégulière, un rythme cardiaque variable, un affaiblissement musculaire ou encore par une température corporelle déréglée. L’activité électrique du cerveau est proche de celle de l’éveil.
Le sommeil paradoxal ne se limite pas seulement aux êtres humains. On l’observe également chez la majorité des mammifères, chez les oiseaux et chez certains reptiles.
Les critères essentiels du rêve lucide
Les rêves lucides peuvent survenir de manière imprévisible et hasardeuse, ou résulter d’un apprentissage ciblé. Cette technique n’est pas réservée à seulement quelques élus ésotériques – tout le monde peut avoir des rêves lucides en s’entraînant !
Se savoir en train de rêver offre au rêveur la possibilité d’exercer un contrôle délibéré non seulement sur ses actions, mais également sur le contenu du rêve et sur son déroulement.
Comment savoir si l’on entre dans une phase de rêve lucide ?
Tous les chercheurs ne considèrent pas la définition minimale comme suffisante.
Ainsi le psychologue et onirologue allemand Paul Tholey distinguait entre rêve normal et rêve lucide en fonction de sept critères dont les quatre premiers sont essentiels :
- Le rêveur sait qu’il rêve.
- Il dispose de son libre arbitre.
- Il a une faculté normale de raisonnement.
- Il constate que toutes les fonctions sensorielles sont disponibles tout comme dans l’état de veille (vue, ouïe, goût, odorat, toucher).
- Il conserve ses souvenirs de l’état de veille, se souvient parfaitement de son rêve au réveil.
- Il se souvient parfaitement de son rêve au réveil.
- Il est capable d’interpréter le rêve à l’intérieur même du rêve.
D’autres spécialistes insistent sur la sensation d’être présent ici et maintenant dans le rêve ou de pouvoir le contrôler.
On admet fréquemment que l’expérience de la lucidité dans le rêve doit être appréhendée en tant que continuum et que le degré de lucidité varie depuis la prise de conscience minimale définie par jusqu’à l’idéal, décrit par Paul Tholey.
Reconnaître le rêve lucide au cours du rêve
Lorsque la lucidité apparaît au cours d’un rêve, le rêveur a soudain l’impression de s’éveiller, mais il peut continuer de rêver tout en sachant qu’il rêve.
Celia Green, auteure de l’ouvrage « Lucid Dreams » et chercheuse anglaise, distingue quatre facteurs qui induisent cette reconnaissance de l’état de rêve :
- Les tensions d’une situation cauchemardesque ;
- les interrogations suscitées par un élément incongru ou irrationnel dans le contenu du rêve ;
- le rappel d’une technique habituelle d’observation introspective ou encore
- la reconnaissance spontanée, sans raison apparente, du fait que l’expérience diffère de celles de l’état éveillé.
Reconnaître le rêve lucide à l’endormissement conscient
Lorsque, à la suite d’un endormissement conscient, la lucidité dans son rêve constitue le prolongement de l’état de conscience éveillée, le rêveur dispose de deux indicateurs pour savoir qu’il est passé de l’éveil au rêve :
- le sentiment de faire partie intégrante du rêve et
- la perte (ou la modification) des sensations corporelles.
Afin de s’endormir consciemment, le sujet doit traverser l’état hypnagogique. L’état hypnagogique est un état de conscience particulier intermédiaire entre celui de la veille et celui du sommeil qui a lieu durant la première phase du sommeil qui est l’endormissement.
Au cours cet état se manifestent soit de l’imagerie hypnagogique, soit des hallucinations auditives, soit encore des hallucinations kinesthésiques et cénesthésiques. Ces dernières peuvent être la sensation de flottement, de tournoiement, de chute, des impressions de vibrations, d’engourdissement ou de paralysie, ou une impression de sortir de son corps physique.
Dans certains cas, la conscience de l’endormissement présente des fluctuations, parfois même des absences durant lesquelles la personne qui rêve ne garde aucun souvenir. On considère malgré cela qu’il s’agit d’un endormissement conscient car la perte temporaire de conscience se situe avant l’émergence du rêve.
Rêves lucides – Capacités de métacognition et d’autoréflexion avancées

Les rêveurs lucides savent quand ils rêvent et quand ils passent dans l’état d’un rêve lucide. Parfois, ils peuvent même intervenir à façonner leur propre rêve.
Comme déjà mentionné plus haut, il est possible que le rêve lucide soit lié à la capacité humaine de penser à sa propre pensée – la soi-disant métacognition.
Cependant, la plupart des rêveurs lucides ne connaissent ce phénomène que quelques fois par an. Seulement très peu de personnes peuvent entrer dans un rêve lucide – de façon volontaire ou hasardeuse – tous les jours.
Des chercheurs sur le cerveau de l’Institut Max Planck pour le Développement Humain et de l’Institut Max Planck pour la Psychiatrie ont comparé les structures cérébrales de personnes qui font des rêves lucides de façon régulière, rare ou – au contraire – pas du tout.
Selon ces recherches, le lobe frontal est plus grand chez les rêveurs lucides. Cette zone, également connue sous le nom de cortex préfrontal antérieur, contrôle les processus cognitifs conscients en tant qu’instance de contrôle. Le lobe frontal joue également un rôle primordial dans la métacognition ou la capacité à réfléchir sur sa propre pensée.
Les différences de taille du lobe frontal entre les rêveurs lucides et les rêveurs non lucides suggèrent que le rêve lucide et la métacognition sont en effet liés. Ce résultat est également soutenu par des tests dans lesquels les sujets ont résolu des tâches de métacognition alors qu’ils étaient éveillés. Les images cérébrales créées montrent que l’activité était plus élevée chez les rêveurs lucides.
« Le résultat de notre étude suggère que les personnes qui peuvent contrôler leurs rêves sont aussi particulièrement douées pour réfléchir à leur propre façon de penser dans leur vie quotidienne », explique Elisa Filevich, qui travaille comme chercheuse postdoctorale dans le domaine de recherche « Psychologie du développement » de l’Institut Max.
Les chercheurs souhaitent également savoir maintenant, si les compétences métacognitives peuvent être entraînées. Pour cet objectif, ils veulent donc former des volontaires aux rêves lucides, afin de déterminer au sein d’une autre étude si cela améliorait également leur capacité à réfléchir à leur propre pensée d’une manière objective et à l’autoréflexion.
Le siège de la méta-conscience dans le cerveau

Des études sur les rêveurs lucides montrent quels centres cérébraux deviennent actifs lorsque nous atteignons notre conscience du « Moi ». Par contre, il est plutôt difficile de mesurer quelles zones cérébrales contribuent à percevoir notre monde de manière autoréflexive.
Notre conscience du Moi est toujours présente lorsque nous sommes éveillés. Par contre, nous ne faisons pas consciemment l’expérience de cet état lorsque nous dormons. Cependant, chez les personnes qui pratiquent les rêves lucides (de façon voulue ou hasardeuse), c’est différent. Elles peuvent prendre conscience qu’elles rêvent pendant qu’elles dorment.
Des études utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont maintenant montré que lorsque cette conscience lucide est atteinte, l’activation d’un réseau cortical spécifique peut être détectée. Cette partie est constituée du cortex préfrontal dorsolatéral droit, des régions fronto-polaires et du précuneus. Le précuneus est une petite région de la face interne du lobe pariétal du cortex cérébral, en principe juste un petit repli au-dessus et légèrement à l’arrière de notre cerveau. On soupçonne que ce repli pourrait contenir notre aptitude au bonheur.
Toutes ces régions cérébrales sont associées à des fonctions autoréflexives.
Le rêve lucide au service des sciences
La capacité humaine à la conscience de soi, à l’autoréflexion et au développement de la conscience est l’un des mystères non résolus des neurosciences.
Malgré les méthodes d’imagerie modernes, ces processus dans le cerveau ne peuvent être qu’insuffisamment clarifiés et visualisés. La racine du problème réside dans la difficulté à voir notre cerveau passer d’un état inconscient à un état conscient.
Certes, ce processus se produit chaque fois qu’une personne se réveille du sommeil. Dans le sommeil profond, cependant, l’activité de base de notre cerveau est généralement fortement réduite. Ainsi, lors de la transition vers l’état d’éveil, l’activité cérébrale spécifique sous-jacente à la conscience de soi et à la prise de conscience retrouvées ne peut être différenciée avec une précision suffisante des changements globaux de l’activité cérébrale.
Le rêveur lucide a une méta-perception de son état et peut donc aider la science
Des scientifiques des Instituts Max Planck de Psychiatrie de Munich et de Sciences Cognitives humaines et neurosciences de Leipzig examinent désormais des personnes qui prennent conscience qu’elles rêvent en rêvant et qui sont également capables d’influencer leurs rêves à volonté.
Ces rêveurs lucides ont accès à leurs souvenirs pendant la phase de sommeil lucide, peuvent effectuer des actions et sont conscients d’eux-mêmes – bien qu’ils restent clairement dans un sommeil de rêve et ne se réveillent pas.
L’auteur Martin Dresler explique : « Dans un rêve normal, nous n’avons qu’une conscience très basique, nous éprouvons des perceptions et des émotions, mais nous ne sommes pas conscients que nous ne faisions que rêver. Ce n’est que dans un rêve lucide que le rêveur acquiert une méta-perception de son état. »
En comparant l’activité cérébrale pendant une période aussi lucide avec l’activité mesurée juste avant dans un rêve normal, les scientifiques ont pu identifier les activités cérébrales caractéristiques de conscience lucide. « L’activité générale de base du cerveau est similaire dans un rêve normal et dans un rêve lucide », explique Michael Czisch, chef de groupe à l’Institut Max Planck de Psychiatrie.
« Dans l’état lucide, cependant, l’activité dans certaines zones du cortex cérébral augmente fortement en quelques secondes. Dans le cortex cérébral, le cortex préfrontal dorsolatéral droit est impliqué, auquel est communément assignée la fonction d’auto-évaluation, et les régions fronto-polaires, chargées d’évaluer ses propres pensées et sentiments. Le précunéus, une région du cerveau longtemps associée à la conscience de soi, est aussi particulièrement actif. »
Les résultats confirment des études antérieures et rendent visibles pour la première fois les réseaux neuronaux d’un état d’esprit conscient.
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Sources : Max Planck Gesellschaft https://www.mpg.de/5916738/meta-bewusstsein-gehirn
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- MPI Max Planck Institut für Bildungsforschung (Instituts Max Planck de Développement Humain)
- MPI Max Planck Institut für Psychatrie (Instituts Max Planck de Psychiatrie)
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